Le Journal · Inside the Garage · Édition 03
Porsche

993 Carrera 4S

La dernière 911 refroidie par air. Et personne n'avait remarqué que c'était la fin.

Production1995 – 1998
ArchitectureFlat-6 3·6L air-cooled arrière
Puissance286 ch à 6'100 tr/min
Unités6'948 exemplaires (4S)
Le pitch

La fin d'une religion mécanique de 35 ans.

En octobre 1963, au Salon de Francfort, Porsche dévoile la 901 — qui deviendra 911 après une demande de Peugeot. Six cylindres à plat, refroidis par air, moteur en porte-à-faux arrière. C'est l'architecture qui définit la marque. Elle tiendra trente-cinq ans sans la remettre en cause, traversant les chocs pétroliers, les normes Euro, l'arrivée du turbo, la concurrence Japonaise, sans jamais changer de principe : flat-6, à l'arrière, à l'air.

La 993, présentée fin 1993 et produite jusqu'en 1998, est la quatrième et dernière génération de cette philosophie. Carrosserie redessinée par Tony Hatter — élève de l'École Royale des Beaux-Arts de Bruges, vingt-neuf ans à l'époque — avec un avant et un arrière fondus, débarrassés des plis géométriques des 964 et antérieures. Mécanique : le M64/05 puis M64/21, flat-6 atmosphérique de 3.6 litres, 272 ch puis 286 ch, suspension arrière multibras (une première sur 911 — la fin des bras semi-trainants).

La Carrera 4S, lancée en 1995, est l'une des configurations les plus voulues de toute la gamme 993. Mécanique : flat-6 atmo 3.6L, 286 ch, boîte manuelle G50/21 six rapports, transmission intégrale viscocoupleur dérivée du Turbo. Carrosserie : celle de la Turbo — large de 1'795 mm, ailes arrière élargies de 60 mm, jantes 18 pouces, freins gros disques croix percés. C'est, en théorie, une Carrera. En présence visuelle, c'est une Turbo qu'on aurait laissée respirer.

"Trente-cinq ans de 911 à air, et c'est cette voiture qui ferme la porte. À l'époque, presque personne ne s'en est rendu compte."

Elle n'est ni la plus rapide (la Turbo l'écrase, la GT2 encore plus), ni la plus rare (4'439 exemplaires Carrera 4S coupé, 2'509 cabriolets), ni la plus chère neuve. Elle est simplement la dernière 911 atmosphérique à air, dans le costume le plus large que Porsche ait jamais habillé. Après elle : la 996, refroidie par eau, ailes plus fines, phares oblongs partagés avec la Boxster. La rupture esthétique fait alors douter beaucoup de fidèles. Vingt-cinq ans plus tard, le marché a tranché : la 993 est la 911 la plus désirée, et la 4S est celle qu'on s'arrache.

Chez nous

Des 993 entre nos mains, ces dernières années.

Plusieurs 993 sont passées entre nos mains — la Carrera 4S et sa sœur Turbo, en particulier. Les deux modèles partagent presque tout : carrosserie large, flat-6 3.6 litres, boîte manuelle six rapports, transmission intégrale. La différence se loge dans deux turbos KKK posés sur le moteur — et dans une expérience de conduite qui n'a rien à voir.

La 4S, atmo, demande à être roulée. À 2'000 tr/min elle traîne. À 4'000 elle prend conscience. À 6'000 le flat-6 atmosphérique livre une note aiguë, sèche, métallique — un cri rauque très différent du V12 italien, plus mécanique que mélodique, mais qui ne ressemble à rien d'autre. La Turbo, elle, vous emmène en pleine charge dès le bas — l'autre extrémité du spectre 911.

Ce qui frappe, sur les deux, c'est la boîte. La G50/21 à six rapports, levier court, sélecteur dur mais précis, courses millimétrées. C'est la dernière boîte manuelle Porsche à n'avoir aucune assistance électronique. Le rapport en marche arrière demande qu'on appuie sur le levier — geste oublié depuis. On comprend, en conduisant, pourquoi les fidèles refusent toujours la PDK et continuent d'enchérir sur les 993 manuelles.

Notre 993 Turbo de fin 2019 était une voiture qui demandait, dans nos mots de l'époque : "Plus simple que sur les 996 et 997 Turbo qui suivront. Plus radicale aussi." Pas de différentiel actif, pas d'amortisseurs pilotés, pas de mode Sport+. Juste deux turbos, un viscocoupleur, et la confiance du conducteur. La 993 Turbo, dans son boîtier mécanique pur, est la dernière voiture Porsche où le pilote arbitrait seul les transferts de masse. Les 996, 997, 991 et 992 qui ont suivi ont toutes embarqué progressivement l'électronique de la décision. La 993 a refusé.

Versions vues4S · Turbo
BoîteG50/21 manuelle 6 rapports
RefroidissementAir — le dernier
L'évolution

Trois décennies, de "ancienne 911" à "Saint Graal".

1995 – 2000
Le neuf. Carrera 4S facturée environ 130'000 francs en Suisse. Acheteurs : amateurs Porsche fidèles, déçus par l'annonce du remplaçant 996 et de son passage au refroidissement liquide. Beaucoup commandent une 4S "au cas où ce serait la dernière à air" — sans imaginer combien la formule a vu juste.
2002 – 2012
Le creux mépris. Entre 30'000 et 55'000 francs. La 996 a pris le relais, le marché ne distingue plus "ancien" de "classique". Une 4S à 45'000 francs est un argument logique pour qui veut une 911 de tous les jours. Beaucoup roulent 200'000 km. Beaucoup sont importées des États-Unis, beaucoup sont mal stockées. La fenêtre d'achat a duré dix ans.
2014 – 2020
Le tournant. RM Sotheby's adjuge en 2017 une Carrera 4S coupé manuelle, 38'000 km, à 198'000 dollars (un record qui a recalibré le segment). Le marché européen suit en moins de douze mois. La 4S monte de 60'000 à 130'000 francs entre 2015 et 2020. La Turbo monte sensiblement. Les exemplaires "matching numbers" historique complet deviennent l'objet de chasse.
2024 – aujourd'hui
Le Saint Graal stabilisé. Une Carrera 4S coupé manuelle 1995-1998, kilométrage moyen, historique complet : 120'000 à 200'000 francs. Les exemplaires bas kilométrage premier propriétaire dépassent 250'000. La 993 Turbo s'établit entre 250'000 et 450'000. La GT2 (57 exemplaires) reste très au-dessus du segment, dans une catégorie à part. Pour le collectionneur, la 4S manuelle reste l'arbitrage : la plus large des 4S, la plus mécanique des 993, et la plus difficile à laisser repartir une fois qu'on l'a sortie.
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