Le Journal · Inside the Garage · Édition 01
Lamborghini

Miura

La voiture qui a inventé la supercar — et toutes celles qui ont suivi.

Production1966 – 1973
ArchitectureV12 4·L transversal central
Puissance350 à 385 ch
Unités764 exemplaires
Le pitch

Quand le moteur a changé de place, le monde a basculé.

Avant la Miura, une voiture rapide avait son moteur à l'avant. Ferrari le faisait. Aston aussi. Maserati pareil. C'était l'ordre des choses. Puis trois ingénieurs de chez Lamborghini — Dallara, Stanzani, Wallace — décident, presque en clandestinité, de poser un V12 derrière la cabine. Transversalement. Pour gagner de la place. Pour baisser le centre de gravité. Pour faire autre chose.

Ferruccio Lamborghini, qui voulait fabriquer des GT confortables, voit le châssis nu au Salon de Turin 1965. Il accepte. La carrosserie est dessinée par Marcello Gandini, vingt-sept ans, chez Bertone. Lignes basses, prise d'air en branchies, phares à paupières. La Miura est présentée à Genève au printemps 1966. Elle ne ressemble à rien.

Elle est aussi à peine utilisable. Le réservoir vide la fait léviter de l'avant à grande vitesse. La climatisation cuit les occupants. Les boîtes lâchent. Et pourtant, à chaque sortie d'usine, un acheteur attend. Frank Sinatra. Le Shah d'Iran. Rod Stewart. La Miura devient le code visuel de la décennie qui suit — la photo d'ouverture du Job Italien, l'icône orange sur un col alpin.

"Trois jeunes ingénieurs ont posé un V12 derrière la cabine et inventé tout ce qui suit. La 512 BB. La F40. La McLaren F1. La Miura est la mère commune."

Pour nous, c'est la voiture qui justifie qu'il y ait eu, après, une Countach, une Diablo, une Aventador. Tout le langage Lamborghini — l'agressivité au repos, la mécanique exposée, l'orange qui ne s'excuse pas — naît de ces 764 exemplaires fabriqués entre 1966 et 1973.

Chez nous

Des couleurs qui ne se répètent jamais, une voix qu'on n'oublie pas.

Des P400 originales, des S, des SV, une Jota sont passées entre nos mains au fil des années. Et chaque fois la même surprise : la palette ne se répète jamais. Rouge sang, jaune solaire, bleu nuit, vert profond, blanc nacré — Bertone et Lamborghini ont peint la Miura comme on peint une étoffe, sans craindre la couleur. Aucune n'avait la même teinte.

On les a aussi conduites. Pas tournées sur un parking pour la photo — vraiment conduites, sur les routes vaudoises, au-dessus du lac, dans les cols. Pendant des années. Et c'est là que le son arrive : ce V12 4 litres transversal, à six mille tours, ne ressemble à rien d'autre. C'est l'un des plus beaux moteurs anciens qu'on ait jamais entendus. Plus aigu qu'un Daytona, plus dense qu'un Countach, plus brut qu'une 365 GT4. La cabine vibre, les vitres trahissent, et le bruit reste avec vous trois jours après.

Le dessin, on ne le compare pas. Avec cinquante-neuf ans de recul, la Miura tient toujours la route visuelle face à n'importe quelle supercar contemporaine. Aucune voiture moderne — pas même une Aventador SVJ ou un Huracán Tecnica sortie de la même maison — n'arrive à cette pureté de ligne. Gandini avait vingt-sept ans, il signait son premier projet majeur, et il a posé une référence que personne, depuis, n'a dépassée.

Dans nos archives, chaque Miura s'est gagné son surnom. Une P400 blanche arrivée à l'aube : Sleeping Bull. Une SV rouge sortie pour rouler un dimanche d'automne : Raging Bull. Une autre, surnommée Red Riding Miura, parce qu'on la voyait depuis l'autre bout du domaine quand on l'allumait à six heures du matin. Ces noms ne figurent dans aucune base de données. Ce sont les nôtres, pour les voitures qui sont passées entre nos murs.

Premier souvenirJuillet 2011
Couleurs vues5+
Années au volant2011 – 2016
VersionsP400 · S · SV · Jota
L'évolution

Sept décennies, trois statuts.

1966 – 1973
L'objet de luxe contemporain. Prix neuve : autour de 20'000 dollars US, environ deux fois une Ferrari 275. Acheteurs : industriels, célébrités, héritiers. La voiture sort, la voiture roule, la voiture casse, la voiture se vend d'occasion à perte parce qu'on en a peur.
1980 – 2000
Le creux. La Countach a effacé la Miura dans l'imaginaire. Les exemplaires se trouvent entre 50'000 et 200'000 francs selon état. Les S et SV restent rares, les P400 originales s'oublient dans des granges. C'est la période où on construit ou détruit les cotes — c'est aussi celle où il fallait acheter.
2005 – 2015
La réhabilitation. Les SV se vendent à un million de dollars chez RM Sotheby's en 2014. Les P400 originales bien restaurées dépassent les 1.5 million. Le marché collector reconnaît enfin l'antériorité historique : c'est elle qui a tout commencé.
2020 – aujourd'hui
L'icône non négociable. Une SV en état concours dépasse régulièrement les 3 millions de francs en vente publique. Une P400 saine, autour de 1.2 à 1.8 million. Les exemplaires "barn find" non restaurés se vendent désormais plus cher que des restaurations modernes — parce que l'origine compte plus que le brillant. Pour le collectionneur sérieux, la Miura n'est plus un investissement. C'est une thèse historique qui se signe en banque.
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