Le dernier V12 atmosphérique de Sant’Agata. Pas un cran : un saut.
L’Aventador entre en production en 2011 — successeure de la Murciélago, premier modèle Lamborghini à châssis monocoque carbone de série. V12 atmosphérique de 6,5 litres, 700 ch, boîte ISR à 7 rapports (séquentielle automatisée, qui passe les vitesses dans un coup sec qui secoue la voiture). Production continue jusqu’en 2021.
Dans l’intervalle, Sant’Agata pousse la formule plus loin par étapes. 2015 — Aventador SV (Superveloce) : 750 ch, 1’525 kg, allègement, aérodynamique active. 2018 — Aventador SVJ (Superveloce Jota) : 770 ch, aérodynamique active ALA 2.0 qui modifie la portance latérale en fonction du virage, châssis affiné. Au Nürburgring Nordschleife, la SVJ établit le record absolu pour une voiture de série en 2018 — 6 minutes 44 secondes, devant les Porsche 918 Spyder et 911 GT2 RS. Record qui ne sera battu qu’en 2020 par la Mercedes-AMG One.
Pour comprendre la SVJ, il faut comprendre qu’elle arrive après que tout le monde a fait du turbo. Ferrari 488. McLaren 720S. Porsche 911 Turbo S. La SVJ est le refus volontaire de cette voie. Sant’Agata garde le V12 atmosphérique 6.5 L, sans suralimentation, et le pousse à 770 ch à 8’500 tr/min. Aucun autre constructeur en 2018 ne propose plus d’atmo de cette taille. Aucun ne le proposera après.
Production limitée à 900 exemplaires coupé + 800 SVJ Roadster, vendus en moins de huit mois. Prix de lancement 517’000 dollars (≈ 580’000 francs en Suisse à l’époque, options incluses). C’est la dernière Lamborghini V12 atmosphérique avant le passage à l’hybride avec la Revuelto (2023). Et c’est ce qui en fait l’une des plus voulues du segment moderne.




Une SVJ est arrivée chez nous en décembre 2020. Couleur d’origine, options carbon-pack quasi complètes, kilométrage faible, historique d’entretien Lamborghini Etoy. À l’époque, dans nos mots de l’atelier : « Aventador, puis SV, puis SVJ. À chaque étape, Sant’Agata pousse un peu plus loin la même machine — sauf que la SVJ n’est pas un cran : c’est un saut. »
Ce qu’on apprend en la conduisant, c’est l’écart de comportement avec la SV qu’on a connue cinq ans plus tôt (la LP750 SV est passée chez nous en décembre 2015 — un exemplaire sur les 600 unités produites). La SV pousse fort mais reste un peu désarmée dans les enchaînements rapides. La SVJ, grâce à l’aérodynamique active ALA 2.0 qui peut basculer la portance d’un côté à l’autre en virage, négocie les enchaînements avec une précision qui n’a aucun précédent chez Sant’Agata. C’est un autre métier de conduite.
Et le son. Le V12 atmo 6.5L qui monte à 8’500 tours sans aucun turbo, sans aucune assistance électronique de note, sans aucun retraitement sonore numérique. C’est la dernière voix mécanique que Lamborghini a produite sans aide. La Revuelto qui a succédé en 2023 garde le V12 6.5L, mais y greffe trois moteurs électriques et une boîte DCT — un autre langage. La SVJ, c’est la fin. Aucune Lambo après ne sonne comme ça.