Le Journal · Inside the Garage · Édition 08
Ferrari

Testarossa

L’icône des années 80, dessinée pour se voir de loin.

Production1984 – 1996
ArchitectureFlat-12 4·9L central
Puissance390 ch à 6’300 tr/min
Unités7’177 exemplaires
Le pitch

Maranello dans les années 80 : tout devient grand.

Octobre 1984, Mondial de Paris. Ferrari dévoile la Testarossa — successeur direct de la 512 BBi dont nous avons parlé. Le brief Pininfarina, signé Leonardo Fioravanti, est explicite : faire une voiture qu’on reconnaît à cinq cents mètres. Les flancs s’élargissent, accueillant les célèbres radiateurs latéraux en aluminium et leurs grilles en strakes. Largeur totale : 1’976 mm, soit plus d’un Range Rover de l’époque. Personne ne voit passer une Testarossa sans la voir.

Sous la peau, l’architecture reste fidèle : flat-12 atmo, 4’942 cm³, dérivé direct du 512 BB (renforcé, réalésé, désormais à quatre soupapes par cylindre, d’où le nom « Testa Rossa » — tête rouge, parce que les caches culbuteurs sont peints en rouge). 390 ch à 6’300 tr/min. Boîte transversale 5 rapports au plancher. La structure mécanique est éprouvée ; la signature visuelle est nouvelle.

« Largeur 1’976 mm. Un Range Rover. Quatorze ans de production. Sept mille sept cent dix-sept exemplaires. Aucune Ferrari V12 centrale n’a été produite à cette échelle, avant ou depuis. »

La Testarossa devient instantanément l’icône culturelle d’une décennie. Miami Vice en place une au générique en 1986. Sonny Crockett en conduit une à Miami Beach. Le numéro de châssis figure sur les affiches de chambre d’adolescents dans toute l’Amérique et l’Europe. Phil Collins en achète une. Eric Clapton aussi. À la fin des années 1980, la Testarossa est devenue, dans l’imaginaire populaire, ce que la Miura était dans les années 1970 : la voiture qui définit son époque.

7’177 exemplaires produits entre 1984 et 1996 — record absolu pour une Ferrari V12 à moteur central, qui ne sera jamais battu. La 512 TR (1991) puis F512 M (1994) viendront affiner la silhouette ; la 550 Maranello (1996) la remplacera en revenant au moteur avant. La Testarossa marque la fin d’une parenthèse : douze ans pendant lesquels Ferrari a misé sur le flat-12 central. Après elle, plus jamais.

Chez nous

Le Lamborghini Loop, la LM002 face à face, et un dimanche rouge.

Une Testarossa rouge arrive un matin de juillet pour commencer une semaine — c’est l’image qu’on a postée à l’époque, et qui résume notre relation au modèle : « Shiny red Ferrari Testarossa — beautiful car to start another great week. » Aucune voiture des années 80 ne tient cette présence visuelle quand on lève le rideau de l’atelier le lundi matin.

On a aussi photographié la Testarossa en convoi — le fameux Lamborghini Loop de décembre 2015 : Aventador SV, Porsche 997 Cabriolet, Aston Martin V8 Cabriolet, Testarossa, Lamborghini LM002. Cinq voitures, cinq décennies différentes, une même boucle au-dessus du lac. Et une autre fois, la LM002 face à face avec la Testarossa — deux Italiennes, deux philosophies, et la même cylindrée pratiquement (la LM002 avait le V12 de la Countach). Dans l’atelier, à côté, elles se posent la même question : qui est plus exubérant que l’autre ?

Le son de la Testarossa est un flat-12 sans turbo, comme celui de la 512 BB, mais avec quatre soupapes par cylindre. Plus aigu en haut. Plus aérien à 6’000 tours. Et derrière le volant, ce qui surprend toujours, c’est la largeur — le panneau du tableau de bord s’étire loin à droite. Conduire une Testarossa sur une route étroite, c’est négocier des centimètres en permanence. C’était l’argument de son temps : aucun adversaire ne tenait sa place sur la route. Quarante ans après, ça reste vrai.

Cabines voisinéesLM002 · Aventador SV · 997 Cabrio · DB AR
Largeur1’976 mm
Premier souvenir2013
Couleur signatureRouge
L’évolution

Quarante ans, du film culte à la cote stable.

1984 – 1996
Le neuf. Prix de lancement environ 140’000 francs en Suisse. Acheteurs : industriels, célébrités, jeunes patrons qui veulent l’avoir vu à Miami. Production massive — 7’177 unités — qui inonde le marché collector quinze ans plus tard.
2000 – 2012
Le creux pop. Entre 35’000 et 70’000 francs. La Testarossa devient l’image clichée des années 80 (donc démodée), et la production prolifique nourrit le mépris collector. Les exemplaires kilométrés se vendent au prix d’une Mercedes neuve.
2014 – 2020
Le retour culturel. La culture pop redécouvre les années 80 — Stranger Things, Drive, le synthwave. La Testarossa redevient cool. La cote remonte de 60’000 à 100’000 francs, puis 130’000 pour les exemplaires soignés. La 512 TR suit à 180’000.
2024 – aujourd’hui
L’icône stabilisée. Une Testarossa matching numbers, kilométrage moyen, historique européen complet s’échange entre 100’000 et 180’000 francs. Les exemplaires monospecchio (rétroviseur unique des pré-1986) au-dessus. La 512 TR atteint 200’000–280’000. La F512 M, plus rare, monte à 350’000+. Pour le collectionneur, c’est la Ferrari V12 centrale la plus accessible à l’entrée — et celle dont on parle le plus.
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